
Dans un club de foot de campagne, une section de gym volontaire ou un patronage, tout repose sur quelques bénévoles qui se connaissent depuis des années. C’est justement cette confiance qui rend le sujet délicat : quand un comportement dérape, personne ne sait vraiment à qui en parler. Désigner une personne de confiance au sein du bureau, un « référent intégrité », est la mesure la plus simple qu’une association du Léon puisse prendre cette saison. Voici ce que cela recouvre, ce que la loi impose déjà et comment s’y prendre sans alourdir la vie du club.
Un sujet qui ne concerne pas que les grandes salles
Une enquête reprise par 20 Minutes en octobre 2025 a remis le sujet sur la table : près de 60 % des femmes ont déjà subi un comportement déplacé dans une salle de sport, qu’il s’agisse de remarques, de regards insistants ou de gestes non sollicités. Le chiffre porte sur les salles de remise en forme, mais les situations décrites existent aussi dans les clubs associatifs : un vestiaire mal séparé, un covoiturage vers un match à l’extérieur, un groupe de messagerie où les blagues vont trop loin.
La différence, dans une petite structure, c’est que la personne mise en cause est souvent un bénévole apprécié, parfois un membre du bureau. D’où l’intérêt d’avoir décidé à l’avance, à froid, qui reçoit une parole et ce qu’on en fait.
Ce que la loi impose déjà aux clubs
Plusieurs obligations existent depuis quelques années, et beaucoup de petites associations les découvrent au moment d’un contrôle.
Le contrôle d’honorabilité. Les éducateurs sportifs, y compris bénévoles, les arbitres et les dirigeants d’établissements sportifs sont vérifiés automatiquement à partir de leur licence : on s’assure qu’ils ne figurent pas au fichier des auteurs d’infractions sexuelles ou violentes. Selon le ministère des Sports, plus de 4,8 millions de contrôles ont été réalisés depuis 2021, dont 1,4 million en 2025, qui ont permis d’écarter 981 personnes de fonctions d’encadrement. Pour que le contrôle fonctionne, le club doit simplement renseigner correctement l’identité de ses encadrants lors de la prise de licence.
L’affichage Signal-Sports. Depuis le 19 novembre 2025, tout lieu où se pratique une activité physique ou sportive doit afficher, au format A3 et dans un endroit visible de tous, les coordonnées de la cellule nationale Signal-Sports et des numéros d’aide aux victimes. Le ministère fournit l’affiche à télécharger : un vestiaire de salle municipale ou le local d’un club suffit pour la poser.
Les signalements progressent. En 2025, 872 signalements ont conduit à l’ouverture d’une enquête administrative, soit 64 % de plus qu’en 2024. Le ministère y voit autant un problème persistant qu’une parole qui se libère : les pratiquants savent davantage vers qui se tourner.

Le référent intégrité, un rôle plutôt qu’un titre
Les fédérations sportives ont désormais chacune un référent chargé des violences sexistes et sexuelles, et plusieurs ligues ont démultiplié le dispositif. À l’échelle d’un club, rien n’oblige à créer un poste, mais rien n’empêche de désigner une personne identifiée. Idéalement, ce n’est ni le président ni l’entraîneur principal : quelqu’un de respecté, disponible, et qui n’a pas d’autorité sportive sur les adhérents.
Son rôle tient en quelques mots : être la porte d’entrée. Il écoute la personne qui se confie, consigne les faits avec ses mots, l’informe des recours possibles et transmet aux bonnes instances. Il n’a pas à mener une enquête, ni à juger, ni à organiser une confrontation.
Mettre en place un référent en 5 étapes
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La plupart des difficultés naissent dans les moments « entre deux », là où personne ne se sent responsable.
Les vestiaires et les douches. Dans les salles partagées, les créneaux s’enchaînent. Prévoir un battement entre deux groupes et éviter qu’un adulte seul se trouve dans le vestiaire d’enfants règle beaucoup de choses.
Les déplacements. Les matchs à l’extérieur, de Morlaix à Brest, reposent sur le covoiturage des parents et des bénévoles. La règle la plus simple est qu’un mineur ne voyage jamais seul avec un adulte qui n’est pas son parent sans accord explicite de la famille.
Les messageries de groupe. Un groupe par équipe, avec au moins deux adultes administrateurs, et aucun message privé entre encadrant et mineur : c’est la recommandation constante des guides fédéraux.
Les soirées et les festivités. Fêtes de fin de saison, tournois d’été, repas du club : un référent présent et connu de tous est souvent la meilleure prévention.
Quand quelqu’un se confie : les bons réflexes
Le premier moment compte plus que tout le reste. Le référent écoute sans interrompre, remercie la personne d’avoir parlé et ne promet pas un secret absolu qu’il ne pourra pas tenir si un mineur est en danger. Il note les faits le jour même, avec les mots de la personne, la date et le lieu.
Ensuite, il oriente. La cellule Signal-Sports reçoit les signalements par courriel à l’adresse signal-sports@sports.gouv.fr, que l’on soit victime ou témoin, mineur ou majeur. Elle transmet au service départemental de la jeunesse, de l’engagement et du sport, qui peut conduire une enquête administrative et, le cas échéant, obtenir du préfet une interdiction d’encadrer. En parallèle, la fédération du club dispose de sa propre procédure disciplinaire.
En cas d’urgence, le 17 ou le 114 par SMS. Pour un enfant en danger, le 119. Pour du harcèlement en ligne, le 3018. Pour une personne en détresse, le 3114. Ces numéros figurent d’ailleurs sur l’affiche obligatoire.
Une mesure qui protège aussi les bénévoles
Désigner un référent n’est pas un aveu de méfiance envers l’équipe. C’est au contraire ce qui protège les bénévoles d’accusations mal gérées, rassure les familles au moment de l’inscription et permet au bureau de réagir avec méthode plutôt que dans l’émotion. Pour une association du pays de Léon qui fonctionne avec une poignée de volontaires, c’est une heure de réunion en début de saison et une affiche de plus sur le mur du local.
Sources
- Ministère des Sports : bilan 2025 de la cellule Signal-Sports, 23 avril 2026
- Ministère des Sports : affichage obligatoire sur la cellule Signal-Sports, 19 novembre 2025
- Service Public Entreprendre : nouvelle obligation d’affichage dans les salles de sport, 29 octobre 2025, mis à jour le 26 janvier 2026
- Ministère des Sports : le contrôle d’honorabilité, consulté en septembre 2026
- 20 Minutes, enquête sur le sexisme en salle de sport, 16 octobre 2025
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